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Le Temps des Cerises

Tiens, la dernière fois (hier)

je me suis dit que je vivais réellement dans un endroit trop petit pour ne pas ranger. Je crois qu’en secret, je faisais un concours avec moi-même, pour voir qui du moi bordélique ou du moi un peu moins bordélique et très maniaque gagnerait. Visiblement mon côté maniaque est parti s’aérer un peu.

Mais bref, quand même, c’était plus possible, donc j’ai décidé de me reprendre en main, et surtout, de jeter les fringues qui ne me vont plus, puisqu’évidemment, j’ai pris DEUX tailles de jean en un an et demi.
Mes jeans taille 30 et 32 ne me vont donc plus, et je crois que j’ai même pas envie de pouvoir les remettre un jour. (J’ai revu les photos de moi quand j’étais malade, maigre, et moche. Je suis allée manger une raclette après.)

Donc, j’en étais à ça, je jette, ça je jette, ça je donne, ça je jette, ça je jette, ah non, ça, je ne peux pas jeter.

J’ai pas réussi à jeter mon jean fétiche, acheté le 26 janvier 2005.  J’ai une mémoire infaillible pour certains trucs.
Mon premier jean payé avec mes sous à moi, parce qu’un Temps des Cerises, mes parents, ça va pas la tête, on va pas t’acheter un jean qui coûte plus de cent vingt euros, et puis quoi encore?
Un jean acheté un jour très symbolique pour moi, dans une période qui était loin d’être rose.
Le jean acheté parce que je voulais me féliciter, j’avais enfin la barre symbolique inférieure à 44 kilos, soit dix kilos de moins qu’un mois auparavant.
Le premier jean que je pouvais acheter en taille 24. Parfois, quand j’y pense, je me dit que la notion de bonheur peut être quand même sacrément biaisée…

Le jean que j’ai mis, remis, que j’ai usé jusqu’au bout, qui m’a vue maigrir encore plus, le jean que j’avais le jour de mon hospitalisation, le jean que je mettais là bas, les jours où je voulais me souvenir de quand c’était bien, avant.
C’était le jean que j’avais aussi le jour où j’ai fait l’amour pour la première fois.

Le jean que j’avais le jour où je suis sortie de l’hôpital aussi. Qui m’allait encore, mais qui, pour une fois, était un jean que je sentais contre mes cuisses, que je sentais autour de mes fesses.

Et puis le premier jean que je n’ai plus pu mettre. Que j’ai d’abord gardé précieusement, parce que je sais que je vais pouvoir le remettre, bientôt.

Et puis non. J’ai jamais pu le remettre, mais je l’ai gardé. Il représente beaucoup de choses pour moi, en fait, même si c’est un jean.
C’est un peu con, de verser une larme en parlant d’un jean.

Mais quand je regarde tout ce qui s’est passé dans ma vie depuis que je l’ai, lui, finalement, je crois que j’ai envie de le garder encore un peu.
Juste pour me rappeler.

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33 Commentaires

  1. 9 juin 2010 à 23:41 | Permalien

    Merci pour ce joli témoignage.

    De mon côté j’ai encore un peu de mal avec tout ça. Je me sens serrée dans les vêtements de ma période « 44 kilos » et ça m’angoisse plutôt que de me rassurer.

    Alors merci.

  2. 9 juin 2010 à 23:42 | Permalien

    Pas très française ma phrase (mais à ma décharge je MEURS de sommeil :) ).
    Il fallait donc lire: « ça m’angoisse plus que ça ne me rassure ».

    Encore merci! :)

  3. 9 juin 2010 à 23:42 | Permalien

    @ Violette : j’ai mis quand même un certain temps avant de me résoudre à acheter des jeans à ma taille, et tant pis si c’est du 36 voire même, OH MON DIEU, du 38. Mais je pense aussi que les 2 années de psy m’ont un peu aidée…(et puis pour la phrase, don’t worry, je pardonne)

  4. 10 juin 2010 à 2:03 | Permalien

    J’aime beaucoup cet article dans lequel tu te dévoiles plus personnellement même si je le trouve dur, poignant et plein de tristesse…

  5. 10 juin 2010 à 3:49 | Permalien

    Dans le fond, ce jeans, tu pourrais bien le garder toute ta vie. C’est une partie de toi, et ça ça mérite de se garder non ?

  6. 10 juin 2010 à 9:54 | Permalien

    Y’a pas de larmes stupides, meme pour un jean… La au contraire, je crois qu’il la vaut bien.
    Merci de nous faire partager tout ça en tout cas…

  7. 10 juin 2010 à 9:57 | Permalien

    Un jean qui en a vu autant mérite d’être gardé, après tout, c’est pas si encombrant en terme de place et important de garder un souvenir de là d’où on vient…

  8. 10 juin 2010 à 10:47 | Permalien

    Très touchant ton texte… Ce jean a une histoire, c’est normal que tu souhaites le garder. En plus c’est une excellente thérapie, ça te permet de te rappeler que tu as vécu des moments douloureux, mais qui sont désormais derrière toi ;)
    J’ai un jean acheté il y a 7 ans dont je n’arrive pas à me séparer, parce que c’est aussi celui qui m’a vue grandir.
    En tout cas, tu es bien plus belle en taille 36.

  9. 10 juin 2010 à 11:03 | Permalien

    Tu jettes vraiment tes vêtements? Ya pas des boîtes à vêtements comme ici pour les redistribuer aux pauvres? C’est dommage de jeter un vêtement.

    Sinon moi y a plein de gens de ma famille qui sont sûr que je suis malade parce que je suis trop maigre mais en fait non, j’aimerais bien prendre du poids au contraire … le monde à l’envers hein ? Cette année j’ai acheté deux pantalons en taille 32 et ça m’ennuie beaucoup … enfin, en général je fais du 34-36 mais jamais du 38. Pff. J’étais tellement plus en forme quand j’étais pas en sous poids! Maintenant j’ai une mine cadavérique et je tombe souvent malade, au moindre coup de stress, je maigris encore.

  10. 10 juin 2010 à 11:06 | Permalien

    Il est très beau ton texte, Camille.
    Garde-le ce jean, il l’a bien mérité ;)

  11. 10 juin 2010 à 11:08 | Permalien

    Tu as raison de vouloir le garder, c’est comme un souvenir, une preuve que maintenant tu es plus forte qu’avant.

  12. 10 juin 2010 à 11:11 | Permalien

    Tu es tellement belle dans ta taille.

  13. 10 juin 2010 à 11:28 | Permalien

    Tu sais quoi, je suis un peu nulle quand je suis émue, je sais pas quoi dire, mais je voulais quand même te dire que j’avais lu et que j’avais été émue.

    Et que je trouve ça très bien que tu ranges en prévision !! (J-15)

  14. 10 juin 2010 à 12:39 | Permalien

    gardes-le encore un peu si tu en as besoin, un jour tu t’en débarasseras en riant, quand tout cela sera loin loin derrière toi… tu le sacrifieras sur l’autel de la raclette, et ce sera tant mieux!

  15. 10 juin 2010 à 15:32 | Permalien

    Le jean fétiche, LE jean fétiche, tout ce qu’il évoque, ce qu’il respire de souvenirs.
    j’ai encore le mien, un vieux Lewis, en 34, qu’aujourd’hui j’y glisserais même pas un bras, mais que je garde précieusement, sans trop bien savoir pourquoi, en fait.

  16. 10 juin 2010 à 15:56 | Permalien

    c’est drôle, justement ce matin j’ai essayé un vieux jean, et il était drôlement moulant par rapport à avant, quand je pesais 40 kilos. finalement je l’ai enlevé, j’ai enfilé mon boyfriend pantalon en toile bien large, et je me suis sentie beaucoup mieux !

    garde le, ça prend peu de place, et si ça te rappelle à quel point tu es mieux maintenant, c’est tout bénef !

  17. 10 juin 2010 à 16:34 | Permalien

    T’as bien raison de faire une croix sur tes jeans en taille 30 et 32! Nan mais franchement c’est des jeans taille 12 ans!

  18. 10 juin 2010 à 21:41 | Permalien

    Suis toute émue par ce texte et du coup (comme j’ai l’air con), sais pas quoi t’écrire.

    Moi j’ai une veste en jean qui est mon doudou … Ma première veste Kenzo, celle que j’ai pu me payer après un dur labeur, le début de mon indépendance financière. C’est un 36.
    Après 2 grossesses, je passe même plus un avant-bras. Mais j’crois que je porte bien mes rondeurs/bonheurs.

    Des bisous à toi et encore merci pour ton textintime (quoi t’aime pas mon néologisme ?)

  19. 10 juin 2010 à 22:13 | Permalien

    J’espère que tu n’as pas mal pris mon comm, ce n’était pas méchant… mais à la relire sans intonation de voix, il paraît sec et moralisateur alors que ce n’est pas le cas :-S

    Et surtout, je ne savais pas que tu avais connu la même chose que ma soeur [sauf qu'elle n'a pas été hospitalisée...mais ça a été de peu... Elle a guéri en quittant la maison, à 16 ans]

    Mais tout à l’heure, quand je suis venue, j’étais speed et j’ai commenté n’importe comment… Désolée…

    Je comprends que ce jean ait une symbolique forte pour toi.

    Bises

  20. 10 juin 2010 à 23:25 | Permalien

    Très joli billet touchant et émouvant. Surtout gardes-le ce jean, même s’il te rappelle des moment moins droles, c’est quand-même une tranche de toi, de ton histoire. Avec l’age (à m’écouter je suis super vieille du haut de mes trente-cinq ans) on regrette parfois de ne pas garder certaines choses qui paraissent futiles sur le moment et puis non finalement. Tu as bien cernée l’importance de ce vêtement pour toi alors range le quelque part mais garde-le. Et puis surtout continue à nous écrire de belles choses. Amitiés.

  21. 11 juin 2010 à 11:12 | Permalien

    @ Marie : ça m’arrive pas trop de me dévoiler, en fait. Mais finalement, ça me fait toujours du bien!
    @ Marie : je crois que oui. Il sera rangé, et plié, mais il sera toujours là!
    @ Camillou : c’est vrai, il le vaut! (BTW je suis allée voir votre blog, hein!)
    @ JS : c’est vrai, j’ai tendance à être un peu trop « je garde tout », mais en fait, y’a parfois où c’est nécessaire!
    @ Annouchka : (merci)(vraiment merci)
    @ Nina : je les donne, en fait, ouais, je les amène au Secours Pop! (On n’est jamais vraiment trop contente de son corps, finalement, hein…)
    @ La Perchée : merci.
    @ Fanny : c’est pas faux!
    @ Eré : love love love.
    @ Anacoluthe : ah mais ouais, je suis en train de ranger à mort pour pas te faire peur!
    @ Flou : ah ouais, je ferai une soirée « sacrifions le jean »!
    @ Dom : ah, je vois que je suis pas la seule, alors!
    @ Juliette : ça fait toujours un peu bizarre, non, quand on sent ses jeans alors qu’on les sentait pas avant!
    @ MissBrownie : en même temps c’est vrai, c’était chiant pr s’habiller!
    @ Fran : j’adore ton néologisme. même, je le surkiffe. Et puis en fait, c’est toujours bien, de garder des preuves, comme pour dire qu’on a changé!
    @ MissBrownie : don’t worry, aucun souci!
    @ Fashiongeekette : merci!

  22. 11 juin 2010 à 11:50 | Permalien

    Voilà que je pleurniche en lisant des articles de modasse… Mais oui comme tout le monde l’a dit, garde ce jean, son histoire est vraiment très jolie…

  23. 11 juin 2010 à 14:58 | Permalien

    C’est un très joli témoignage.

    Parfois, pour se rappeler un période de notre vie, triste mais qui peut s’avérer importante pour notre survie dans le présent, il est bon de garder certains objets. Ce n’est ni malsain, ni mauvais, c’est salvateur, je dirais.

  24. 11 juin 2010 à 21:11 | Permalien

    Je passais par là par hasard, et je n’ai pas su partir sans te laisser un mot. C’est typiquement féminin d’attacher une valeur sentimental à nos objets.
    Garde le précieusement ce jean, c’est un petit bout de toi, plusieurs morceaux de vie, debtout ce qui nous construit.

  25. 13 juin 2010 à 22:26 | Permalien

    Merci d’avoir dit cela… tu nous soulages. Et j’aime cette façon d’aborder le sujet… Une « simple » histoire de jeans, en fait…
    Je fais pareil quand je vois des photos de moi à l’époque, sauf que moi, je saute plutôt sur le nutella (Enfin je dis ça, mais j’ai encore du mal).

    (moi aussi je les garde ces vêtement là, même si ils me donnent « envie » de pouvoir rentrer dedans, à nouveau)

  26. 14 juin 2010 à 10:16 | Permalien

    Je t’ai « connue » à l’époque de ce jeans, et tu sais quoi, pour moi « le temps des cerises » = « camille » (avec 28 paires de converse aussi ^__^)
    C’était pas une période facile, mais elle fait partie de toi et de ce que tu es maintenant, avec tout ce que tu as su surmonter. Alors plus que jamais, avec ce joli texte (qui me file sacrément les larmes aux yeux), le temps des cerises, ça sera toujours toi.

  27. 14 juin 2010 à 10:57 | Permalien

    @ Camille : ah mais c’est normal, quand je parle de mode, hein, ça fait un choc!
    @ Angie : je suis d’accord avec toi, c’est salvateur, de se souvenir!
    @ Sandrine : :)
    @ Lilith : j’ai encore des baisses de moral, j’ai parfois encore envie de tout re-perdre, me disant que ça sera plus facile comme ça. Mais je suis conscience que c’est un leurre. Espérons juste que ces envies vont se faire de plus en plus rares!
    @ Shalima : je crois que c’est le plus chouette commentaire que j’aie jamais eu. Merci.

  28. 15 juin 2010 à 21:50 | Permalien

    Un billet troublant, touchant, émouvant et non ce n’est pas ridicule de s’attacher à un jean car dans ton cas il signifie beaucoup.

  29. 16 juin 2010 à 22:34 | Permalien

    @ maman@home : :)

  30. 16 juin 2010 à 22:41 | Permalien

    Je découvre ton blog grâce à Lilith et : Wahou…!!! Je m’y retrouve tellement, alors juste merci.

  31. 16 juin 2010 à 23:34 | Permalien

    Je suis une fée (je crois) !

  32. 17 juin 2010 à 15:12 | Permalien

    @ Eol : ben si ça peut servir à d’autres, hein… :p
    @ Lilith : hi hi hi.

  33. Camille.
    9 juillet 2010 à 1:45 | Permalien

    Bonjour, je m’appelle également Camille, et je suis toujours à cette période du jean taille 32 malheureusement. Et quand il me va. A part les jeans de Jennifer qui sont pour certains d’un goût douteux, je ne peux m’habiller nulle part ailleurs en ce qui concerne ces vêtements. Je suis à la fin de ma petite soirée à rechercher des jeans qui pourraient être à ma taille sur le net étant donné que je commence à me lasser de ceux de chez Jennifer et je suis tombée sur cette page. Ton article est vraiment bien écrit et émouvant, alors je m’imagine que tu dois comprendre un peu mon cas et je me demandais si tu n’avais pas un ou des jeans à vendre pour que je puisse m’habiller un peu autrement. Bien évidemment pas celui dont tu parles, même si il est trés joli. Voilà, je serais contente d’une éventuelle réponse, je repasserais surement bientôt. Et c’est sans oublier un énorme bravo à toi, de t’être sortie de tout ça.

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