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Madrid, clap de fin.

En conclusion de ce voyage, j’aurais pu dire plein de trucs.

J’avais oublié la forme des bancs publics du Retiro, sur lesquels j’ai dû m’asseoir environ trois fois par mois, tous les mois, quand on allait pique-niquer là-bas le dimanche, pour faire hurler ma mère qui ne supporte pas les acrobaties. (Ça, c’est parce qu’elle a le vertige, je suis sûre)

J’avais oublié aussi les pavés de ce même parc, sur lesquels j’ai essayé cent soixante fois de faire du patin à roulettes, mais où c’était pas trop trop pratique, à cause, justement, de ces galets. Ces galets à demi encimentés, placés n’importe comment, et qui finissaient obligatoirement par faire mal aux pieds, quand on était en tongs, et qui sont pas très très beaux.

J’avais oublié l’odeur de la ville. cette espèce de mélange d’ail constant, d’huile d’olive, de friture, et de chaleur, à n’importe quel moment. Cette odeur caractéristique qu’on ne retrouve qu’une fois sur place, sans vraiment réussir à la définir une fois reparti.
Et qui, pourtant, une fois à Paris, manque terriblement.

J’avais oublié Burger King, Pans&Company, Rodilla, et autres fast-food présents dans la capitale, tous aussi ignobles les uns que les autres. Mais pour moi, le Whooper, c’est Madrid, les bocadillos al atún avec des frites, c’est Madrid, les donut’s c’est Madrid.
C’est ignoble, oui, mais c’est mes souvenirs.

J’avais oublié le volume sonore six fois plus élevé que partout ailleurs, j’avais oublié la décontraction constante, infinie, j’avais oublié la bonne humeur des gens, j’avais oublié cette chaleur, j’avais oublié las Torres Colón, j’avais oublié mes Meninas, j’avais oublié mon Dos de Mayo, j’avais oublié le bus 146 – José del Hierro/Alcala,  j’avais oublié mes Cibeles, mes écureuils du Retiro, j’avais oublié les premières communiantes, le samedi, au parc, se promenant dans leurs robes meringues à l’espagnole, de très mauvais goût, mais si fières, j’avais oublié que les Espagnoles ont toutes un gros cul, mais je m’y sens bien, comme ça.
J’avais oublié le Paseo de la Castellana, j’avais oublié qu’on pouvait trouver des Sugus partout, du Philadelphia n’importe quand, et qu’on pouvait manger à 23h30 sans être pris pour un extravagant.
J’avais oublié comme le mot camarote est bien plut joli que son copain français, j’avais oublié les sols hyper sales des bar à tapas, parce que les gens, trop pressés de manger leurs raciones de calamares a la romana (moi je trouve ça ignoble, mais bon), balancent leurs serviettes en papier par terre, sans vraiment se soucier de qui va les ramasser.
J’avais oublié, aussi, le ¿qué hay?, quand on entre dans une boutique, j’avais oublié que j’ai perdu ma première dent en faisant le cochon pendu.

J’avais même oublié les trottoirs de la ville. J’avais oublié que les gens conduisent comme des malades. J’avais oublié, aussi, que le dimanche, là-bas, tout est ouvert.

J’avais oublié tout ça.
Je crois que quand je suis partie de Madrid, à onze ans, j’ai pas vraiment réalisé ce que j’étais en train de perdre. C’était douloureux de partir, parce que j’avais ma vie là-bas, j’avais mon amoureux, j’avais mes amies, et je savais qu’en partant, malgré les promesses, on va s’écrire, on va s’appeler, on va se revoir, ça marche jamais, c’est que des bêtises, on finit par oublier une fois, deux fois, et puis on a plus de nouvelles.
Mais ce que j’avais pas vraiment compris, c’est que c’était douloureux aussi, parce que j’allais quitter l’Espagne, j’allais m’éloigner de ma langue maternelle, mine de rien, j’allais perdre un peu de cette culture dans laquelle j’ai grandi, et dans laquelle je me sens bien.
Maintenant, je crois que j’ai compris que je ne serais heureuse que quand je serais sûre de pouvoir y retourner pour de bon.

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15 Commentaires

  1. 3 mai 2010 à 23:22 | Permalien

    C’est beau. Je te fais un gros câlin. J’aurais toujours une chambre, dis, quand je viendrais te rendre visite tous les mois tellement que j’aurais l’impression que ta maison c’est un peu ma maison?

    Je t’aime fort ma torta de anis.

  2. 3 mai 2010 à 23:40 | Permalien

    Super texte Camille! Et qui me parle tant, car meme si j’y ai vécu nettement moins que toi, il y a tant de choses que j’ai oublié et que je sais reviendront lors de mon prochain (tres on espere!) séjour. Et pareil, les promesses de rester en contact ont malheureusement été perdues! Je crois qu’il y a des endroits qu’on ne quitte jamais tout a fait, et Madrid en fait partie, c’est tout un bout de l’enfance.

  3. 4 mai 2010 à 3:19 | Permalien

    Un premier pas vers ton chez toi, c’est chouette :-)

  4. 4 mai 2010 à 8:34 | Permalien

    C’est beau et très émouvant. Je t’aime fort ma Camille chérie, et avec Eré, quand tu seras installée là-bas, on viendra te voir presque tous les week-ends. Te quiero, te quiero, te quiero.

  5. 4 mai 2010 à 9:01 | Permalien

    C’est qu’une fois parti qu’on se rend compte de la valeur de quelque chose… Mais ce qui est bien avec un pays, c’est qu’on sait qu’il sera toujours là, à attendre notre retour… ! Alors prends ton temps pour savourer ton retour :)

  6. 4 mai 2010 à 10:12 | Permalien

    C’est beau, on voit que tu aimes l’Espagne (autant que moi).
    Pour le sol des bars à tapas (mais pas que), quand j’ai vécu neuf mois à Logroño (La Rioja), on m’avait dit que quand on jette sa serviette au sol, c’est que l’on est content du service, que l’on a bien mangé. D’où le « évite les endroits où c’est propre par terre » lol. Je me rappelle du mois de juin de l’année passée, quand je suis retournée voir des amis à Logroño et où forcément on est allés à la Laurel (la rue à tapas). Et où ils m’ont réappris à jeter ma serviette au sol…Un grand moment !

  7. 4 mai 2010 à 12:19 | Permalien

    Comme je ne t’ai jamais rencontré, maintenant, je me demande si tu as un accent espagnol quand tu parles ou non…

    11 ans, c’est jeune pour se rendre compte.

  8. 4 mai 2010 à 13:04 | Permalien

    C’est très joli. Et j’adore tes photos.

  9. 4 mai 2010 à 15:49 | Permalien

    Wouah, c’est très beau, j’avais la chair de poule en le lisant (la nostalgie des gens qui ont quitté leur pays, ça me parlera toujours !)

    Et puis, maintenant que j’ai retrouvé mon sang froid et ma peau lisse, je me dis « Très belle usage de la prétérition » que ce « j’avais oublié » répétitif, suivi de souvenirs détaillés… !

  10. 4 mai 2010 à 22:02 | Permalien

    Dis donc tu as réussi à m’émouvoir. c’est juste beau.

  11. 4 mai 2010 à 23:34 | Permalien

    @ Eré : bien sûr que tu auras toujours une chambre, même, je mettrais un rideau jaune et un tapis bleu, pour te rappeler toujours comment un jour, tu as dit, dans une boutique de maquillage pas cher que tu étais sûre que ça serait joli, les deux.
    @ Maryne : je crois que c’est ça aussi. Madrid est une ville qui a un truc en plus, qui fait que personne ne peut vraiment s’en détacher…
    @ Marie : c’est vrai. Même si je sais que j’aurais toujours la bougeotte, je sais aussi que je reviendrai toujours là!
    @ Eme : oh oui, vous viendrez, vous m’apporterez du bon pain (parce que quand même), et de la confiture Bonne Maman, et puis on fera plein de shopping cale Serrano, et puis on aura plein de Louboutins. Et plein de robes noires.
    @ JS : tiens, j’avais jamais vu ça sous cet angle, le truc du pays qui sera toujours là en fait… J’aime bien.
    @ Mariposa : oui, pour le sol des tapas, c’était ce qu’on m’avait dit aussi! C’est comment, Logrono? T’es pas la 1ere à m’en parler, mais j’y suis jamais allée!
    @ MissBrownie : non, je n’ai aucun accent, j’ai eu l’extrême chance de recevoir une éducation dans les deux langues, et du coup, j’ai aucun accent. En revanche, j’ai l’accent espagnol pas vraiment madrilène, du fait de mes origines chiliennes. 11 ans, c’est trop jeune pour comprendre. C’est dommage.
    @ Angie : merci! (mais c’est passe qu’il faisait beau, aussi)
    @ La Ch’tite : PRÉTÉRITION, c’est le terme que je cherchais quand j’ai écrit le billet! Merci. Même si j’ai pas gagné les Danette chez toi, ben j’te chiffe.
    @ Lilith : *rougis*

  12. 5 mai 2010 à 15:16 | Permalien

    Pfiou. Voilà quoi…
    Je te souhaite d’y retourner souvent, très souvent, voire même d’y retourner définitivement. Ou alors un 50/50 Madrid Stockholm. Ça serait canon !

  13. 7 mai 2010 à 21:52 | Permalien

    Très sympa.Merci.

  14. andré pierre marie
    7 mai 2010 à 22:16 | Permalien

    ¡ZYVA!
    T’as réussi à m’arracher quelques larmes, et même mon premier commentaire!

  15. 8 mai 2010 à 9:52 | Permalien

    ah Logroño moi j’adore ! Un petit centre historique, les bars à tapas tous sont regroupés dans cinq rues, idem pour les bars-pas besoin de marcher des km de l’un à l’autre quoi. La San Mateo en septembre. Sur mon blog, j’ai mis un album avec qqs photos de Logroño pour te donner une idée ;)
    bon weekend !

Un Rétrolien

  1. [...] un peu : je suis à Rome là ! Bon, je n’ai pas les 25° de certaines filles allées récemment en Espagne, la météo indique un temps pourri, mais je vais pouvoir visiter un [...]

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