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« Asi te amo porque no se amar de otra manera »

Jusqu’à samedi matin, je pensais que je n’avais d’attache nulle part.

Que, sans être apatride (on va pas aller si loin, quand même), je ne me sentais pas Française, mais je ne me sentais pas non plus tout à fait Chilienne. Je n’ai pas vécu assez longtemps là-bas pour me sentir réellement de là-bas.
J’ai toujours dit à tout le monde que dans ma tête, j’étais surtout une citoyenne du monde (je sais, je me vois poète, parfois)(c’est rare, quand même)(mais de temps en temps, je fais des rimes, et des phrases qui veulent dire beaucoup de choses, et rien à la fois)(la définition même du poète, donc)


Et samedi matin, un mail de ma mère. Tremblement de terre au Chili, pas beaucoup d’infos, ils préfèrent parler d’Aïda, la vache du Salon de l’Agriculture.
Rien de plus.

Quelques messages sur Twitter, quelques recherches d’actualité (mais visiblement, tant qu’aucun Français n’est blessé ou mort, c’est pas vraiment médiatisé)(oui, je suis colère, aujourd’hui), et je commence à me rendre compte de la situation.

Un petit message de ma sœur, pas de nouvelles de la famille, là-bas.

Jusqu’à présent, j’avais eu quelques frayeurs à propos de mon grand-père, qui a eu quelques ennuis de santé. Pour autant, je n’ai jamais envisagé leur mort, parce qu’ils sont forts, parce que pour moi, ils sont immortels.
Mais là, le destin n’est plus trop entre leurs mains.

C’est plus une histoire de maladie, c’est une histoire de catastrophe naturelle, ça change tout.
Passent de longues heures, j’y pense, j’y pense pas, ça va, ça vient. Quelques fois, l’angoisse est suffisamment forte pour que je me mette à chercher des billets d’avion pour aller sur place dans la semaine. (Bon, là, par contre, le prix du billet me fait reposer ma carte bluette)(on n’a pas idée de faire des billets d’avion à tant de chiffres)(c’est indécent)

Savoir qu’ils sont tous loin, et que je suis ici, sans rien savoir, sans rien pouvoir faire, je crois que c’est le truc le plus désespérant.

Le dimanche, un petit mot de ma mère, qui m’envoie une photo du salon de mes grands-parents. Très bien, torrents de larmes, parfait, jusqu’à présent, j’avais réussi à éviter ça.
Trois ou quatre heures après, un mail de ma grand-mère, qui me raconte, heure par heure, ce qui s’est passé.
J’avoue que j’ai mis à peu près trente minutes à arrêter de trembler et de pleurer, mais je suis allée me chercher deux ou trois petits-beurre, avec des carrés de cassis à côté (c’est pour les vitamines) et ça allait mieux.

Me voilà rassurée sur l’état de toute ma famille, une partie, vivant très au Sud, n’a presque rien senti. La partie de la famille vivant à Santiago accuse beaucoup de dégâts matériels, mais rien d’humain, aucune blessure, ni rien.

Le plus dur, je crois, maintenant, c’est de comprendre, petit à petit, que la ville dans laquelle je suis née, cette ville qui ne semblait pas être si importante pour moi, cette ville natale qu’il m’arrivait presque d’oublier, tant je n’y retourne guère, Concepcion, mes racines, est détruite.
Aujourd’hui, je me sens Chilienne, et je commence à me rendre compte que même si je clame partout que jamais je ne retournerai vivre là où je suis déjà passée, aujourd’hui, je veux rentrer chez moi.

(Le titre est tiré du Sonnet XVII, de Pablo Neruda)

23 Commentaires

  1. 3 mars 2010 à 23:00 | Permalien

    Il est très touchant ton texte! je te comprends, la citoyenne du monde que je suis aussi ( je le dis…et la phrase fut dite pas ma mère, elle qui n’a jamais sortie de l’Espagne)

    Les racines appellent,surtout dans des cas pareils!
    c’est désolant les infos par rapport à une nationalité quelconque..au lieu de se référer tout simplement à l’être humain qu’est en nous, pour donner les infos!

    un beso y muchos animos!

  2. 3 mars 2010 à 23:10 | Permalien

    le Sonnet XVII…

    Je te souhaite d’y retourner le plus vite possible.

  3. 3 mars 2010 à 23:26 | Permalien

    En te lisant, j’ai eu l’impression d’être chilienne moi aussi. Bon courage pour faire ton deuil, je sais comme parfois nos racines peuvent venir nous faire pleurer quand on ne s’y attend plus. Des bises.

  4. 3 mars 2010 à 23:48 | Permalien

    J’ai appris la nouvelle d’une amie nous prévenant qu’elle allait bien, totalement coupée du monde que j’étais. En lisant l’actualité ensuite, j’ai été contente de ne l’apprendre « que » après, et je n’ose même pas imaginer ton angoisse en attendant les nouvelles.
    Un gros bisou pour te remettre de tes émotions!

  5. 3 mars 2010 à 23:52 | Permalien

    J’ai connu une situation similaire il y a quelques années et je comprends donc très bien ta douleur!
    dans ces moment là, on est tous citoyens du monde, on est tous chilien!
    Courage à toi et à tes proches…

  6. 4 mars 2010 à 3:27 | Permalien

    ma pauvre, tu sais que je suis la si ya besoin (mais non je ne peux pas te payer tes billets d’avions désolé)… Enorme Bisous et bon courage

  7. 4 mars 2010 à 9:27 | Permalien

    l’essentiel c’est que tout le monde aille bien… courage!

  8. 4 mars 2010 à 9:38 | Permalien

    Au moins cette terrible catastrophe aura eu l’avantage de réveiller ce sentiment chez toi d’appartenance et d’attachement au Chili.
    j’espère que tu auras l’occasion d’y retourner très vite (et que tu m’y inviteras. je rêve de découvrir ce pays depuis que j’ai lu « les promesses du ciel et de la terre »)
    Bon courage choupette.

  9. 4 mars 2010 à 10:04 | Permalien

    Et si tu commençais par avoir le projet d’y aller en vacances ? Pour tes racines, pour ta famille ?

  10. 4 mars 2010 à 10:16 | Permalien

    @ Maria : les racines, c’est vrai, même si elles sont pas toujours très très visibles, parfois, sont vraiment présentes. Et c’est dans ce genre de cas qu’on a vraiment envie d’être auprès des siens…
    @ Eré : le Sonnet XVII. Le plus beau.
    @ Marie : je crois que tu es une de celles qui peut le mieux comprendre, effectivement…
    @ Vicky : j’ai l’impression qu’on en a pas trop parlé, que même moi qui était au courant, j’ai eu un peu de mal à avoir des nouvelles par la radio, c’est un peu con! Mais merci pour le bisou!
    @ L’épice : merci beaucoup! Tous citoyen du monde, j’aimerai bien!
    @ Garko : comment ça, tu peux pas me le payer? Non mais oh!
    @ Flou : merci!
    @ La perchée : très bien ,al prochaine fois, que j’espère être en juillet, tu fais tes valises, et on va skier dans les Andes!
    @ Manou : je vais essayer d’y aller en juillet, mais les billets sont vraiment cher, et y aller en juillet implique y aller en hiver là-bas. Et y aller a Noël implique de n’y rester que 10 jours. Donc je suis en train de peser le pour et le contre, mais cette année, c’est obligé, j’y vais, je pourrais pas, sinon.

  11. 4 mars 2010 à 10:52 | Permalien

    j’ai appris seulement il y a peu de temps que tu étais chilienne !
    Plus de peur que de mal, c’est le principal mais si j’imagine à quel point ta famille te manque. Le pire c’est l’angoisse d’être aussi loin au moment des faits et de ne pas savoir ce qu’il se passe réellement sur place.
    J’espère que tu auras l’occasion d’y retourner très vite, j’aimerais aller là bas un jour moi aussi car ça a l’air magnifique !

  12. 4 mars 2010 à 12:27 | Permalien

    Ton billet me donne des frissons.
    Une amie est partie en vacances au Chili, son pays d’origine avec ses 2 enfants de l’âge des miens… On a eu très peur pour eux aussi mais heureusement, ils étaient à 400km de l’épicentre et même s’ils ont eu très peur, ils vont bien.

    Gros bisous

  13. 4 mars 2010 à 12:37 | Permalien

    je me sens française (même si parfois, j’en ai honte quand on voit ce qui se passe). mais ce genre de sentiment, ça me l’avait fait quand il y avait eu un tremblement de terre en Chine à l’époque où frangin n°1 y travaillait. dès qu’il se passe quelque chose là où sont mes frères et sœurs et le reste de ma famille, j’ai toujours une petite crainte.

  14. 4 mars 2010 à 14:41 | Permalien

    prends le ce billet d’avion…. ça n’a pas de prix

    biz

  15. 4 mars 2010 à 16:13 | Permalien

    Une amie est chilienne, et je l’ai vu s’inquiéter puis être rassurée pour les siens, mais j’avoue avoir oublié que t’étais aussi chilienne. Je comprends tout à fait ce sentiment de racines, qui reviennent surtout dans ces moments forts. Et je te souhaite de vivre ce retour aux racines que tu espères tant !

  16. 4 mars 2010 à 19:53 | Permalien

    Mince depuis le temps que je te lis je ne savais pas que tu étais de là-bas. Moi qui suis à Santiago en ce moment j’ai tout vécu en direct. Si tu as besoin d’info dis moi je t’enverrai des liens. C’est vrai qu’en France on en a pas trop parlé. Moi, mes amis savaient pas ce qui c’était passé. Ils croyaient qu’à Santiago on avait rien senti.

  17. 4 mars 2010 à 20:37 | Permalien

    J’ai beaucoup pensé à toi quand j’ai appris la nouvelle. Et je suis soulagée de savoir que ta famille n’a pas été blessée. Mais j’imagine à quel point ça doit être difficile d’accuser le coup…

  18. 4 mars 2010 à 22:04 | Permalien

    Tres beau texte Camille. Et je te souhaite vraiment de pouvoir retourner a Concepcion!

  19. 5 mars 2010 à 10:43 | Permalien

    Héhé, moi aussi je fais ma maligne : vouiii je suis beeelge, le portugal c’est différent, c’est que pour les vacances … mais en fait je sais bien que ma tête et mes pensées ont été façonnée par ces deux cultures, et que je ne suis pas à moitié belge et à moitié portugaise mais les deux à la fois. :)

  20. 5 mars 2010 à 22:09 | Permalien

    quand on a ses racines ailleurs, on a beau vivre quelquepart, on ne se sent jamais tout à fait chez soi .. je te comprends :)

  21. 6 mars 2010 à 19:01 | Permalien

    Tant mieux.
    Je suis contente que ta famille n’ait rien.
    Je te souhaite de retourner au Chili un jour si c’est vraiment ça que tu espères..

  22. 6 mars 2010 à 19:27 | Permalien

    @ Annouchka : c’est un pays magnifique, ça, je suis peut-être pas trop objective, mais c’est vrai… Tellement de paysages différents, et époustouflants… C’est réellement un pays extraordinaire…. Je suis tellement fière d’être chilienne, en fait.
    @ MissBrownie : c’est l’essentiel, si ils vont bien aussi. Le pire c’est qu’en fait, on en a pas trop parlé, ça a été un peu trop noyé, à mon goût, avec les événements qui se sont produits en France…
    @ Nono : personnellement, en ce moment, j’ai plutôt honte d’être en France, moi aussi.
    @ Lili : j’aimerai pouvoir le prendre quand même, mais je ne peux simplement pas dépenser 1700 euros comme ça, là. Mais je vais me débrouiller pour y partir en juillet, c’est obligé, je pense.
    @ JS : j’espère aussi que je vais y retourner assez vite. Ce sera la première fois, en plus, que j’irai en ayant complètement conscience du fait que j’appartiens à ce pays. Ca va me faire un peu étrange, je crois…
    @ Tatiana : je ne sais pas si je veux des infos actuellement (j’espère quand même que tu n’as rien non plus!) mais en tous les cas, rien que pour avoir des nouvelles de mon pays, oh que oui, je t’en demanderai!
    @ Maryne : merci. (en vrai, j’ai pleuré pendant 30 minutes en écrivant ce billet…)
    @ Nina : ben voilà, on peu fanfaronner tant que c’est pas important, mais dés que ça touche un peu plus profond, là, c’est un peu plus dur de faire semblant!
    @ The parisienne : et c’est très pesant, de ne pas se sentir chez soi. Tout au moins, c’est dur de savoir qu’on devrait se sentir chez soi, en détestant l’endroit où on se trouve.
    @ Manu : c’est pas que je l’espère. C’est que j’en ai besoin.

  23. 8 mars 2010 à 11:31 | Permalien

    Un bien beau titre pour un bien bel article…

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