ll me reste encore deux verres à vin à rincer, mais comme je ne reçois personne avant ce soir, j’ai le temps, encore. Je disais qu’au bout d’un moment, dans l’avion, on allait commencer à prier pour pas avoir à mettre le masque sur le nez. (Alors qu’en fait, je dis ça, mais un jour, [...]
ll me reste encore deux verres à vin à rincer, mais comme je ne reçois personne avant ce soir, j’ai le temps, encore.
Je disais qu’au bout d’un moment, dans l’avion, on allait commencer à prier pour pas avoir à mettre le masque sur le nez.
(Alors qu’en fait, je dis ça, mais un jour, juste un jour, j’ai envie de mettre ce masque. Sans tomber, hein, ni rien, mais juste pour raconter à mes neveux, parce que j’aurais pas d’enfant, qu’un jour, j’ai mis le masque, et qu’après, j’ai aidé à mettre le masque à un bel homme à mes côtés, et c’est ainsi que j’ai connu votre oncle, c’est tellement romantique, de se connaître en pleine catastrophe aérienne.)
Bref.
On était en pleine discussion pour savoir si le prochain voyage serait à Lisbonne, ou à Madrid (on penche pour Lisbonne, en ce moment), quand l’icône lumineux de mettre sa ceinture s’est allumé.
Pour cause, ça commençait à valser un peu fort, là-haut, dans le ciel, parce qu’il faisait un temps indéfinissable, de l’autre côté des Alpes.
Les hôtesses passaient pour leur septième tour de publicité low-cost, en nous vendant des cartes à gratter, et sont allées fissa se rasseoir à leurs places, histoire de pas trébucher dans un trou d’air.
Et puis on a attendu.
Le pilote, au bout d’un moment, nous a annoncé que, d’ici vingt minutes, on allait commencer à amorcer la descente.
Chic, parce qu’on commençait à avoir les oreilles super-bouchées.
Au bout de trente trois minutes, on était encore super haut, et on avait pas du tout vu le nez de l’avion pencher vers le bas.
Au bout de quarante sept minutes, on était encore super haut, et on avait toujours pas vu le nez pencher vers le bas.
En revanche, quand, au bout de cinquante trois minutes, le pilote a annoncé qu’on atterrirait d’ici quinze minutes, on s’est tous penchés vers le hublot, histoire de voir Paris de nuit, spectacle toujours assez hallucinant de beauté.
Sauf que là, on voyait rien.
Quand je dis rien, c’est rien, si ce n’est le clignotant pour oiseaux de l’avion, qui, inexorablement, s’allumait, puis s’éteignait, histoire de prévenir la ville qu’on arrivait.
Sauf que pas de ville en contrebas.
On voyait du noir, de l’épais, on avait l’impression d’être dans une faille spatio-temporelle, donc carrément plus excitant que le simple masque à oxygène qui tombe.
Au bout de quarante minutes, on était toujours en haut, et on avait le sentiment d’avoir fait huit fois le tour de Beauvais, parce que l’avion était penché de notre côté (alors qu’on avait quand même pas mangé tant de panini que ça).
Quand les trois ados derrière nous ont commencé à comptabiliser le nombre de passagers, pour déterminer combien de victimes il y aurait dans le crash, j’ai pensé à l’auteur de mes jours, qui est super névrosée de l’avion, et qui n’a pas manqué de me préciser, avant mon départ, que j’étais complètement folle de partir avec une compagnie low-cost, qui mettait pas assez de kérosène, elle en était sûre, et qui faisaient surement leurs économies sur les boulons de carlingue, qui risquaient à tout moment de se barrer, et que j’allais sans doute mourir, et qu’elle m’aimait très fort, et à qui tu lègues ton ordinateur, juste pour savoir. (A MiniSoeur, de toutes manières, elle seule sait apprécier le Mac à sa juste valeur, dans ma famille.)
Mais au bout d’un certain moment, on a aperçu des lumières. Bleues. Les lumières de la piste d’atterrissage.
J’attire votre attention sur le fait que c’est super flippant, de ne voir comme lumière que celles de la piste d’atterrissage, trois mètres avant de toucher le sol.
Sol qu’on a touché quatre fois, parce que l’avion était d’humeur super frivole, et à décidé de nous gratifier d’un petit rebondissement inopiné, inattendu, et de très bon effet.
Et quand les ados derrières nous ont applaudi le pilote, je me suis retournée pour leur dire vos gueules.
Et, dingue, il m’ont obéie.






















11 Commentaires
« l’avion d’humeur super frivole », fallait oser la sortir celle-là! par curiosité, tu as raconté à ta mère?
@ Nono : j’lui ai raconté, je crois qu’elle a blémi. Mais je lui ai dit au téléphone, donc je sais pas trop.
Bah, juste quelques turbulences et puis un trafic un peu dense, c’est tout non?
Moi, je m’en fous, dans l’avion, je roupille la plupart du temps. L’altitude, ça m’épuise.
Il est grandiose cet article, vraiment !!
@ Delphine : oh, non, là, c’était pas quelques turbulences;.. Justement, ça ne bougeait pas beaucoup, mais c’était très angoissant, de ne rien voir du tout, aux alentours. Normalement, l’avion, c’est là où je me sens bien, je suis dans un avion mieux que sur terre, c’est dire, mais là, je te jure que… j’ai eu peur!
@ Shalima : *rougis* merci…
Et on s’est mutuellement broyé les mains… Non, mais pour Lisbonne, on ira avec une VRAIE compagnie aérienne, hein !
Et celle qui riait en nous regardant…je suis sûre qu’elle était bipolaire!
Dans mon avion du retour, on pouvait voir l’extérieur grâce à une caméra à l’avant de l’avion! C’était cool parce qu’on était placé niveau couloir et pas côté hublot.
C’est à ça que tu vas te rendre compte que tu vieillis ma douce.. Quand tu commence à dire « ta gueule » à des ados..
@ Eemeline : ouais, et on aura droit au super repas Air France. MIAM.
@ Eré : ah oui, elle, je pense que c’était un cas tout à fait particulier, désolidarisé de toute forme d’intelligence quelconque….
@ MissBrownie : oh, c’est génial, ça! J’ai jamais eu ça, c’était quoi comme avion?!
@ Manu : je sais, la honte, non?
(ah ben oui tiens pffffffff mon reader c’était arrêté sur le rome 4ème…)
pfffffffffffffff
Un Rétrolien
[...] que je chéris au point que j’ai fait faire un détour énorme à mes comparses de voyage, à Rome, histoire d’aller voir la boutique, qui, pour cause de dimanche, était fermée. Un jour, je [...]