Il y a quelque chose que je n’ai jamais avoué ici-bas.
J’ai beau porter des combishorts, aimer les chapeaux, adorer me coller du vernis sur les ongles, et acheter des chaussures avec des talons, qui me font une jambe longue, longue, longue, j’ai quand gardé une âme de petite gamine.
Sans blague.
Et il y a une chose [...]
Il y a quelque chose que je n’ai jamais avoué ici-bas.
J’ai beau porter des combishorts, aimer les chapeaux, adorer me coller du vernis sur les ongles, et acheter des chaussures avec des talons, qui me font une jambe longue, longue, longue, j’ai quand gardé une âme de petite gamine.
Sans blague.
Et il y a une chose qui me fait pleurer à chaque fois que je le fais, c’est bien ça : lire le conte de la Petite Fille aux Allumettes, d’Andersen. Et le voyage dans les pays baltiquiens m’y a fait penser pendant à peu près toute la traversée.
Comme je suis pleine de bonté, et que j’en ai un peu marre de pleurer toute seule quand je le lis, je eu envie de vous le filer.
Il faisait effroyablement froid; il neigeait depuis le matin; il faisait déjà sombre; le soir approchait, le soir du dernier jour de l’année. Au milieu des rafales, par ce froid glacial, une pauvre petite fille marchait dans la rue: elle n’avait rien sur la tête, elle était pieds nus. Lorsqu’elle était sortie de chez elle le matin, elle avait eu de vieilles pantoufles beaucoup trop grandes pour elle. Aussi les perdit-elle lorsqu’elle eut à se sauver devant une file de voitures; les voitures passées, elle chercha après ses chaussures; un méchant gamin s’enfuyait emportant en riant l’une des pantoufles; l’autre avait été entièrement écrasée.
Voilà la malheureuse enfant n’ayant plus rien pour abriter ses pauvres petits petons. Dans son vieux tablier, elle portait des allumettes: elle en tenait à la main un paquet. Mais, ce jour, la veille du nouvel an, tout le monde était affairé; par cet affreux temps, personne ne s’arrêtait pour considérer l’air suppliant de la petite qui faisait pitié. La journée finissait, et elle n’avait pas encore vendu un seul paquet d’allumettes. Tremblante de froid et de faim, elle se traînait de rue en rue.
Des flocons de neige couvraient sa longue chevelure blonde. De toutes les fenêtres brillaient des lumières: de presque toutes les maisons sortait une délicieuse odeur, celle de l’oie, qu’on rôtissait pour le festin du soir: c’était la Saint-Sylvestre. Cela, oui, cela lui faisait arrêter ses pas errants.
Enfin, après avoir une dernière fois offert en vain son paquet d’allumettes, l’enfant aperçoit une encoignure entre deux maisons, dont l’une dépassait un peu l’autre. Harassée, elle s’y assied et s’y blottit, tirant à elle ses petits pieds: mais elle grelotte et frissonne encore plus qu’avant et cependant elle n’ose rentrer chez elle. Elle n’y rapporterait pas la plus petite monnaie, et son père la battrait.
L’enfant avait ses petites menottes toutes transies. «Si je prenais une allumette, se dit-elle, une seule pour réchauffer mes doigts? » C’est ce qu’elle fit. Quelle flamme merveilleuse c’était! Il sembla tout à coup à la petite fille qu’elle se trouvait devant un grand poêle en fonte, décoré d’ornements en cuivre. La petite allait étendre ses pieds pour les réchauffer, lorsque la petite flamme s’éteignit brusquement: le poêle disparut, et l’enfant restait là, tenant en main un petit morceau de bois à moitié brûlé.
Elle frotta une seconde allumette: la lueur se projetait sur la muraille qui devint transparente. Derrière, la table était mise: elle était couverte d’une belle nappe blanche, sur laquelle brillait une superbe vaisselle de porcelaine. Au milieu, s’étalait une magnifique oie rôtie, entourée de compote de pommes: et voilà que la bête se met en mouvement et, avec un couteau et une fourchette fixés dans sa poitrine, vient se présenter devant la pauvre petite. Et puis plus rien: la flamme s’éteint.
L’enfant prend une troisième allumette, et elle se voit transportée près d’un arbre de Noël, splendide. Sur ses branches vertes, brillaient mille bougies de couleurs: de tous côtés, pendait une foule de merveilles. La petite étendit la main pour saisir la moins belle: l’allumette s’éteint. L’arbre semble monter vers le ciel et ses bougies deviennent des étoiles: il y en a une qui se détache et qui redescend vers la terre, laissant une traînée de feu.
«Voilà quelqu’un qui va mourir » se dit la petite. Sa vieille grand-mère, le seul être qui l’avait aimée et chérie, et qui était morte il n’y avait pas longtemps, lui avait dit que lorsqu’on voit une étoile qui file, d’un autre côté une âme monte vers le paradis. Elle frotta encore une allumette: une grande clarté se répandit et, devant l’enfant, se tenait la vieille grand-mère.
- Grand-mère, s’écria la petite, grand-mère, emmène-moi. Oh! tu vas me quitter quand l’allumette sera éteinte: tu t’évanouiras comme le poêle si chaud, le superbe rôti d’oie, le splendide arbre de Noël. Reste, je te prie, ou emporte-moi.
Et l’enfant alluma une nouvelle allumette, et puis une autre, et enfin tout le paquet, pour voir la bonne grand-mère le plus longtemps possible. La grand-mère prit la petite dans ses bras et elle la porta bien haut, en un lieu où il n’y avait plus ni de froid, ni de faim, ni de chagrin: c’était devant le trône de Dieu.
Le lendemain matin, cependant, les passants trouvèrent dans l’encoignure le corps de la petite ; ses joues étaient rouges, elle semblait sourire ; elle était morte de froid, pendant la nuit qui avait apporté à tant d’autres des joies et des plaisirs. Elle tenait dans sa petite main, toute raidie, les restes brûlés d’un paquet d’allumettes.
- Quelle sottise ! dit un sans-cœur. Comment a-t-elle pu croire que cela la réchaufferait ? D’autres versèrent des larmes sur l’enfant; c’est qu’ils ne savaient pas toutes les belles choses qu’elle avait vues pendant la nuit du nouvel an, c’est qu’ils ignoraient que, si elle avait bien souffert, elle goûtait maintenant dans les bras de sa grand-mère la plus douce félicité.


























14 Commentaires
moi j’en ai la chair de poule, même si je ne l’ai pas lu… (sur ton billet) parce que si il y a bien une histoire que je ne peux pas lire en français, c’est celle là, parce que « la nina de los fosforos » c’est ma mamie, qui me la lisait… j’entends encore sa voix me la raconter et l’émotion m’envahit.
c’est l’une de mes histoires préférées…
en voici un simple extrait dans ma langue…
« Cuando llegó el nuevo día seguía sentada la niña entre las dos casas, con las mejillas rojas y la sonrisa en los labios. ¡Muerta, muerta de frío en la Nochebuena! El sol iluminó a aquel tierno ser sentado allí con las cajas de cerillas, de las cuales una había ardido por completo.
-¡Ha querido calentarse la pobrecita!- dijo alguien.
Pero nadie pudo saber las hermosas cosas que había visto, ni en medio de qué resplandor había entrado con su anciana abuela en el reino de los cielos. »
Merci Camille.
Vilaine, tu veux me faire pleurer, c’est ça ?
je confonds et mélange cette histoire et « les crayons » de Bourvil. Faut pas pleurer miss. Bises
Ah non, pas aujourd’hui.
Je lirai lundi.
J’adore ce conte également. Il est magnifique, bien que triste.
Je l’avais un jour posté sur mon blog, il y a au moins un an… =)
@ Noisette : la que me hizo llorar fuiste tu. Este cuento tambien lo aprendi en espanol…
@ MissBrownie : ouaip. Je suis très méchante, ces jours-ci!
@OoPsy : les crayons de Bourvil? Qué?! (Je connais pas)
@ Mélina : bon. D’accord. Comme tu veux.
@ La Grenadine : c’est vrai? Je vais voir, tiens!
Ah oui, je suis d’accord avec toi. J’ai toujours trouvé cette histoire d’une tristesse atroce. C’est malin, j’ai le bourdon, maintenant…
tiens (j’adore Bourvil…) http://www.youtube.com/watch?v=2O94Z1_wlqo
AH… Ben il commence fort mon dimanche matin là…
Ouais ben je te dis pas merci, hein! Mais c’est vrai qu’elle est belle, cette histoire!
J’adore cette histoire aussi
J’ai pas trop envie de pleurer là maintenant !
Alors j’attends un petit peu et je reviens lire quand j’en aurai envie. Tu m’en veux pas?
Qu’est-ce que j’ai pu avoir la larme à l’oeil, quand j’ai appris à lire, sur mon exemplaire de petite fille aux allumettes !
Tu sais que moi aussi, j’ai bien pensé à elle ? Comment faire autrement, hein…
oh j’avais complètement cette histoire! pourtant je l’avais en livre et je passais mon temps à le lire quand j’étais petite, je suis nostalgique du coup
dans le même genre larmoyant il y a un dessin animé disney qui montre mickey et sa famille en pleine famine pendant l’hiver… je te raconte pas comment j’ai pu pleurer dessus
Un Rétrolien
[...] a même fait semblant de verser une larme pour faire « plaisir» aux parents en [...]